L’artiste

Né à Alger, Henry Valensi (1883-1960) a traversé les deux guerres mondiales et l’ère de la Modernité. Peintre voyageur, penseur éclairé, artiste visionnaire prolifique, conférencier de renom et auteur de nombreuses publications, il a marqué son époque tout en échappant aux schémas conventionnels de l’histoire de l’Art. Déjà, membre actif du Groupe de Puteaux, il expose en 1912 aux côtés de Marcel Duchamp, Fernand Léger mais aussi des cubistes Albert Gleizes et Jean Metzinger à la mythique Section d’Or, puis il approfondira ses recherches personnelles pour fonder le Musicalisme en 1932.

Autoportrait (étude n°8). Aquarelle sur carton 24 x 33 cm.

À la confluence du cubisme et du futurisme, le musicalisme de Valensi, un temps qualifié d’orphisme par Apollinaire, se définit comme une peinture à entendre. Avec Léopold Survage, Ernst Klausz ou Frantisek Kupka, il est l’un des pionniers de cette aventure musicaliste. Henry Valensi fait donc partie de ces créateurs de nouvelles conceptions spatiales que l’on redécouvre aujourd’hui avec bonheur. Un créateur pluriel qui agit comme une révélation sur de jeunes artistes de la scène contemporaine, telle Farah Atassi qui nous livre ses impressions et son analyse quant à sa filiation avec Valensi qu’elle ne connaissait pas avant de le remarquer dans l’accrochage « Modernités Plurielles ».

Clip de présentation réalisé par Marie Talon

Henry Valensi : Musicalisme & cinépeinture.

Fasciné par le cinéma en couleur, il crée le premier film de Cinépeinture, la « Symphonie printanière », mettant 30 ans à parachever son chef d’œuvre. « Le film est très intéressant, car au cours de la petite demi-heure qu’il dure, il déploie tous les styles. On va passer de l’abstraction des années 30 aux années 60, avec, par moment, une dimension psychédélique ou du moins ce que l’on lit aujourd’hui comme psychédélique. Ce film est absolument génial car vous y voyez défiler tous les possibles de ce qu’a pu engendrer la peinture pendant 30 ou 40 ans. » Commente Michel Gauthier, Conservateur aux Collections Contemporaines au Centre Pompidou.

Henry Valensi en 1946, peignant "Symphonie en Rose".

Les dates clés

1883

Naissance le 17 Septembre, à Alger.

1898

Il se fixe à Paris. Sur le conseil de Bonnat, il suit les cours de l’Ecole des Beaux-Arts, entre dans l’atelier de Jules Lefebvre et de Tony-Robert Fleury puis à l’Acédémie Julian.

1899 > 1908

Nombreux voyages d’études en Afrique du Nord où il travaille l’art local.

1905

Patronné par Dinet, Valensi expose au Salon des Orientalistes. 

1907

Il expose au Salon des Indépendants et en devient Sociétaire.

1909

À Athènes, il peint « Le Parthénon vu d’un jardin rose » ; il comprend alors que l’objectivisme pictural ne lui suffit plus et se tourne vers l’expressionnisme dont il précisera les lois principales. Valensi visite la Turquie, l’Asie mineure, expose à Constantinople, parcourt la Russie, expose à Moscou.

1912

À Paris, il organise et participe avec Marcel Duchamp, Dumont, Gleizes, Metzinger et Picabia, au Salon de la Section d’Or, dont il devient le secrétaire (toutes ses archives de cette époque, comme beaucoup  d’autres biens : livres, meubles, tableaux  et objets divers furent volées par l’Occupant, lors du pillage de son appartement-atelier en 1940. Cela fait encore l’objet d’une recherche en cours). Valensi y expose onze de ses toiles toutes exécutées en 1912.

1913

Exposition particulière à la Galerie La Boétie (plus de 40 tableaux). Valensi y donne sa première conférence. Il expose aussi à Constantinople, Alger, Dresde, Chemnitz.

1914

Exposition au Musée de Leipzig.

1916 > 1917

Valensi est engagé volontaire et prend part à l’expédition des Dardanelles. Le général Gouraud le nomme peintre de son état-major.

1917

Exposition à la Galerie Druet, d’une centaine de peintures et autant de dessins sur cette campagne. Une grande partie de ces oeuvres sont acquises par l’Etat et sont conservées aujourd’hui par la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine (BDIC, Hôtel des Invalides)

1922

Valensi expose à « l’Union Française », à Constantinople.

1923

Une rétrospective de son oeuvre est organisée à Rome, par Marinetti (Fondateur du Futurisme).

1924

Au théâtre Duncan à Paris. il présente sa grande composition Rome, à travers le Temps et l’Espace ainsi que les 30 études constructives de l’oeuvre (oeuvre détruite pendant la guerre).

 1925

Nouvelle exposition à la troisième et dernière édition des Peintres de la Section d’Or, à laquelle participent également Picasso et les Delaunay. 

 1929

Nouvelle grande exposition à la Galerie Danthon, Paris.

1932

Création du mouvement Musicaliste et de l’Association des Artistes Musicalistes avec Charles Blanc-Gatti, Gustave Bourgogne et Vito Stracquadani. Parution du Manifeste dans le journal Comedia.

1936 > 1939

Années de recherche aboutissant au procédé intitulé par le peintre « Cinépeinture »

1940 > 1945

Exilé à Alger; Henry Valensi réalise des oeuvres sur la résistance et sur l’avance des troupes alliées en Europe, il dessine la tribune d’où le Général De Gaulle fait son discours.

1946 > 1948

Valensi travaille comme attaché de recherche au CNRS en filmologie.

1954 et les années suivantes

Mort de son épouse Yvonne.

Valensi continue à peindre des oeuvres variées, toujours « musicalistes », dont plusieurs sont acquises par les Musées. Il voyage également, en Scandinavie, en Italie et en Yougoslavie dont il peindra encore des Symphonies

1959 > 1960

Achèvement de son film de Cinépeinture la Symphonie Printanière, qui sera présenté par l’auteur au Festival de Bergame à l’occasion du Gran Premio Bergamo.

Valensi achève l’écriture d’un très important ouvrage sur l’histoire générale de tous les arts, à toutes les époques, en tous les pays. Cet ouvrage de plus de 1200 pages, et demandant la reproduction de 900 tableaux et gravures, reste inédit, il est en cours de numérisation par l’AADPHV qui recherchera alors un éditeur.

Henry Valensi lègue au Musée National d’Art Moderne 18 tableaux importants conservés dans les Collections du Centre Pompidou, et dont 7 seront exposés (et le film de cinépeinture projeté) d’octobre 2013 à mars 2015 lors de l’accrochage « Modernités Plurielles » au Centre Pompidou.

1960

Projection du film « Symphonie printanière », à la Compagnie des Lampes à Paris.

Mort de Valensi, à Bailly (Oise) chez Christiane Vincent-La Force qui fut son élève puis son amie et secrétaire.