Henry Valensi : la Symphonie printanière

Notes sur la création sonore en direct

Andrea Martignoni | Bologne, octobre 2016
Traduction : Salvatore Louis Bellanti et Didier Vallens

Lorsque, au printemps 2016, Marcel Jean, en tant que directeur artistique du Festival International du Film d’Animation d’Annecy, m’a demandé d’examiner l’idée de faire une bande-son en direct sur le long film d’Henry Valensi, immédiatement j’ai pensé à un éventuel défi qui se présentait, à la fois pas facile, mais assurément captivant.

La Symphonie printanière a été choisie par Marco De Blois, responsable de la session du cinéma d’animation à la Cinémathèque Québécoise à Montréal, au sein du programme « Une histoire inattendue de l’animation française », qu’il prévoyait pour le Festival d’Annecy 2016, dans le but de présenter au public une forme du cinéma d’animation, entre l’expérimental et l’abstrait, qui attesterait de la proximité de cette partie peu connue du cinéma français, les idées esthétiques de Norman McLaren[1].

Bien que je me sois plus occupé à filmer l’histoire du cinéma d’animation, je dois admettre que je ne connaissais pas cette œuvre d’Henry Valensi. J’ai pu constater que je n’étais pas le seul. Très peu de professionnels avaient eu la possibilité de visionner son travail. Cela n’a fait qu’augmenter mon «appétit» et mon désir de me confronter à un film qui, de par son titre, fait référence à la langue des sons et la musique, et, plus encore, un film d’une durée monumentale pour un film d’animation.

Mes expériences en direct sur des films ont toujours été réalisées avec un artiste qui partageait la scène avec moi. C’était donc pour moi la première fois que j’ai eu à me mettre en jeu tout seul, partageant la scène avec ce merveilleux objet en deux dimensions qui est le film projeté !

Comme méthode pour réaliser la sonorisation du film, j’ai surtout utilisé l’improvisation. C’est-à-dire je me suis exercé avec les instruments que j’avais choisis en regardant des dizaines de fois le film pour en intégrer les caractéristiques dans l’acte pratique de créer les sons. Cette méthode permet de fixer une bonne partie des éléments qui, petit à petit, vont émerger pendant l’acte d’improvisation créative. Quelques éléments reviennent naturellement à chaque exécution pour se mettre ensemble avec les divers événements sonores qui sont nés spontanément, pour arriver au résultat final de la composition.

La plupart des sons proviennent d’objets spécialement créés, comme une série de clips de papier (trombones) qui, coincés sur une boîte en bois et pliés vers le haut, produisent naturellement un son métallique et doux, qui ressemble étroitement à la M’Bira, l’outil d’origine est-africaine. Amplifié via un microphone au contact de cette Boîte Sonore, cela permet également d’amplifier le son d’autres objets qui sont à leur tour en appui sur elle. En parallèle, un autre microphone de contact permet d’utiliser d’autres sources de bruit ou de petits instruments. Ces instruments sont reliés à un système de pédales (comme pour les guitares) et enfin à un instrument électronique, appelé « Kaoss Pad »[1], qui permet un nombre infini de modulations et échantillonnages des sons produits et pré-traités par la chaîne de pédales.

Je ne sais pas si le résultat sonore est en phase avec les idées esthétiques et musicales auxquelles pensait Henry Valensi dans la longue élaboration et la réalisation de son œuvre, mais mon approche a été et sera d’un grand respect et d’admiration pour ce travail et son auteur, dans une tentative, à mon avis réussie, de mettre en jeu ma propre sensibilité sonore et musicale en confrontation directe dans l’espace et le temps de la création par l’utilisation de l’animation, qui ont permis au Maître de réaliser son œuvre la plus complexe et sophistiquée.

Je ne nie pas que je ressentais une forte tension et une grande émotion en jouant avec d’énormes images animées, projetées à côté de moi sur la scène de la « Petite Salle du Bonlieu » à Annecy. Au début, je me sentais minuscule devant tant de grandeur puis, petit à petit, la sensation faisait naître en moi le sentiment que je faisais partie de la même œuvre.

[1] Le même De Blois commence par une question rhétorique son texte explicatif du programme : Et si Norman McLaren avait été français ?
[2] Le Kaoss Pad est une sorte d’écran tactile, de touchpad modifiant considérablement le son de sortie sur un amplificateur.